Tous les cris, les S.O.S.
Le Roman de Daniel Balavoine
par Didier Varrod (2006)


Préface de Jean-Jacques Goldman,
Editions Fayard / Chorus

 

« Je m'emporte pour ce qui m'importe... »

Je me souviens de lui. Il est toujours là ou jamais bien loin.

« Je m'emporte pour ce qui m'emporte... », tout est dit ou presque dans cette phrase. Je lui ai souvent emprunté son sens de la formule. Je suis sûr d'avoir eu beaucoup de chance, puisque j'ai pu côtoyer Daniel Balavoine professionnellement. Il fut un épidermique dans son rapport au monde. Il était nettement plus centré dans sa relation à la chanson. La synthèse de ces deux traits de caractères fera de lui l'homme le plus bouleversant et bouleversé de la chanson de la fin des années soixante dix et du début des années quatre vingt. C'est l'un des artistes qu'il me fut donné de connaître (et forcément reconnaître...) avec Jean-Jacques Goldman et Renaud. C'est étrange. Ils ne ses ressemblent pas dans leur façon d'exprimer leurs chansons. Et pourtant ce qui les réunit est bien c'est façon très citoyenne de faire le chanteur.

Daniel Balavoine est né le 5 février 1952 dans l'Orne en Normandie mais il ne faut pas se tromper. L'homme était avant tou d'un tempérament basque. Fier, ivre de convictions, ancré dans la force tellurique de la terre, la tête dans les étoiles de la création. Sa famille originaire du sud-ouest lui a sûrement transmis cette identité culturelle et presque perceptible à l'oeil nu. Daniel Balavoine a passé toute son enfance à Pau avec un père qui imaginait bien son fils si déterminé, embrasser finalement une carrière au barreau ou dans la politique.
Enfant terrible, d'une redoutable intelligence, l'élève Balavoine fréquente plusieurs établissements scolaires dont une écoles religieuse à Hasparrent et le collège Cendrillon à Dax. Il quitte le lycée sans passer son bac. Son cursus est ailleurs. Dans la musique. Dans la vie de groupe. Dans une rock'n'roll attitude qui l'épanouit parce que l'utopie est déjà au coeur de sa vie. La vie des bals du samedi soir, puis le départ pour Paris. Il lui faut vivre son rêve. Avec toujours la musique en sautoir, au bout de son poing qu'il ne cesse de brandir.
C'est au lycée que Daniel Balavoine s'est décidé un jour de faire "Le Chanteur".En mai 1968, son goût pour la politique s'affirme. Il a déjà choisi son camp, celui des nouveaux prêcheurs qui cherchaient un autre monde et où sous les pavés se cacherait la plage. Un temps, il avoue qu'il est fasciné par les discours enflammés des Geismar, Cohn-Bendit et autre Sauvageot. Mais il a vite compris, lors de la débâcle de ce joli mois de mai que c'est la chanson qui va lui permettre d'aller à l'essentiel : une trajectoire rapide, sentimentale et efficace. Il le dira plus tard : « La chanson est le vecteur qui est le plus apte à traduire ses états d'âme puisqu'elle allie dans la même énergie émotionnelle le fond et la forme... ». Daniel Balavoine n'aimait guère parler de ses débuts. Il préférait toujours évoquer avec le regard illuminé l'entêtement furieux de son directeur artistique, Léo Missir, qui n'imaginait son poulain qu'en haut de l'affiche.

Lors de notre première rencontre en 1983, Daniel venait de publier l'album "Loin des yeux de l'occident". Nous avions beaucoup parlé. Daniel aimait beaucoup parler, échanger, débattre. Je lui avais raconté qu'adolescent, j'avais été bouleversé par son album "Les aventures de Simon et Gunther". Je luis parlais de ce disque comme de son premier. Il m'avait expliqué qu'il avait déjà enregistré un premier album "De vous à elle en passant par moi" qui ne correspond pas à l'idée qu'il se faisait lui-même de la musique. Mais Daniel Balavoine n'occultait rien. Ni sa vie de balloche, ni ses premiers bides. Je l'avais séduit en disant que l'album "Le Chanteur" était un disque riche d'une âme anglo-saxonne avec des textes français et... de gauche. Il avait souri. Puis éclaté de rire. Il pensait que j'aurais dû écrire cela pour "Rock'n'folk". C'était bien l'obsession de Balavoine. Il voulait à la fois être reconnu des critiques rock et poursuivre ses visites à Michel Drucker pour la télévision.
Daniel Balavoine va trouver dans ce paradoxe, qu'il estime pour lui-même violent, l'énergie de créer. Car pour lui, créer c'est résister. C'est aussi et surtout convaincre. Le charme essentiel de Balavoine fut de s'affirmer comme un être concerné, exemplaire. Une sorte de caricature émouvante et terrassante de vérité du boulot de chanteur. Artiste, c'est autre chose. Daniel Balavoine a eu cette chance de connaître des fortunes diverses avec ses albums suivant la sortie de son troisième opus "Le Chanteur". Des vrais disques à chaque fois, avec une idée nouvelle par album, des recherches perpétuelles sur le son, la production... Et des chansons qui passent tout de même beaucoup à la radio. Parfois, le public semble le vouloir pour incarner une sorte de porte parole d'un rêve de gauche dans une variété de droite incarnée par Michel Sardou. "Mon fils ma bataille", c'est un peu cela si on s'arrête à ce que raconte l'époque.

Mais chez Daniel Balavoine, on va très vite le comprendre, la chanson n'est pas un coup... pour que tout le monde en parle. La chanson est un cri. Lavilliers rajoutera quelques années plus tard : « un c