Tous les cris, les S.O.S.
Recueil d'articles
parus dans la presse
en 1984

L'horizon élargi de Balavoine
(Le Monde, avril 1984)

L'accroissement de son audience, d'année en année, souligne qu'à l'exemple des pays anglo-saxons, et particulièrement des Etats-Unis, la musique devient un élément de plus en plus important de la vie française. Sans doute, l'Hexagone traditionaliste doit-il encore se libérer de lourds carcans avant, par exemple, d'effacer la distinction entre musique "sérieuse" et musique "légère". Mais en devenant peu à peu une sorte d'Avignon de la chanson, le Printemps de Bourges joue un rôle non négligeable dans cette mutation.

Il a gardé la spontanéité de ses débuts, la même ambiance chaleureuse. Ici, le musicien, le chanteur, le spectateur contribuent au même accueil, fraternel. Le rock y a trouvé sa place. Cette année, outre Nina Hagen, sa folie et ses envolées lyriques, le festival présente, sous l'appellation "euro-rock", quelques jeunes groupes européens qui créent des musiques en s'inspirant de leur propre culture et d'influences d'aujourd'hui planétaires : les Belges T.C. Matic, Cos, les Tueurs de la lune de miel, et De Kreuners, le Suisse Stephan Eicher, l'Italien Bisca, les Hollandais The Nits, les Français Kas Product, Tales et Raoul Petite, les Anglais John Greaves, Simple Minds, Blurt et Blancmange.

En concert, au hall du congrès lundi après-midi, Blancmange, dont un titre a récemment été numéro un dans les clubs américains, illustre une nouvelle tendance à étendre sur scène l'usage des bandes enregistrées : ici, même la batterie est sur bande, et tous les efforts du chanteur Noël Arthur ne réchauffent pas le climat.

Le même jour, le Brésilien Nana Vasconcelos nous faisait découvrir une machine à rythmes électroniques extrêmement sophistiquée et ouvrait le dialogue avec Magnificent Force, un groupe new-yorkais des "Break dance", magnifique dans l'art de la pantomime et de la dérision.

Le soir, sous le grand chapiteau, Daniel Balavoine "éclatait" littéralement dans un spectacle très élaboré, remarquablement dosé et mis en scène, constitué de rêve, d'émotion, d'émerveillement. Balavoine, qui a élargi son horizon au point de se lancer dans des parodies gentiment féroces (l'Ecole des fans), n'a jamais été aussi à l'aise, aussi généreux. Sa manière de mener en roue libre son aventure, son énergie, ses enthousiasmes et ses interrogations, tisse un rapport vivant et étroit avec un public populaire.

Claude Fléouter

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Daniel Balavoine : Un chanteur populaire et singulier
(Le Monde, 14/9/1984)

L'époque a besoin de rêves. Le monde du show business l'a compris à son tour; les différents spectacles de variétés montés à Paris s'efforcent de satisfaire cette exigence. C'est, après France Gall, le cas de Daniel, Balavoine, chanteur populaire et singulier, qui, depuis dix ans, mène son aventure à son propre rythme d'homme tranquille. Avec des chansons émotionnelles où la vie et l'imaginaire se mêlent, où les amours sont tour à tour heureux et malheureux, où les mots et les notes sont portés avec une tendresse un peu gouailleuse et une fougue adolescente.

Mon fils, ma bataille. Supporters, Partir avant /es miens ont popularisé un chanteur qui, à la télévision et à la radio, s'est trouvé placé parfois dans des situations où il était contraint de réagir à tel ou tel événement et d'exprimer des sentiments qui, malgré les apparences, ne se confondent pas avec des déclarations politiques.

Au Palais des Sports, Daniel Balavoine a éliminé du plateau les tonnes de matériel habituelles et utilisé un dispositif scénique simple, net. Il a beaucoup travaillé un éclairage en partie réglé sur ordinateur, s'est servi de ce qu 'il y a de mieux dans l'électronique, dans la lumière comme dans le son, pour retrouver paradoxalement un look d'il y a quelques dizaines d'années. Le spectacle qu'il présente ainsi, entouré de Christian Padovan et d'autres solides musiciens,.a le ton de I'exubérance, le goût du bonheur.

Toujours en mouvement; rayonnant de santé, il est le grand copain " sympa " prompt à établir et à multiplier les rapports avec le public. La manière de donner et la façon de recevoir ne se recouvrent pas toujours. Le sens d'une chanson est parfois transgressé en atteignant le spectateur. Ainsi Je ne suis pas un héros, créé par Johnny Hallyday et chanté ensuite par Balavoine, son auteur-compositeur, est repris par les mômes debout, et la phrase slogan Je ne suis pas un héros signifie soudain : « On est fondu dans la masse et on est heureux d'y être. » II y a ainsi des moments dans son tour ou l'ambiguïté, la déviation de certaines chansons peuvent susciter un malaise dont le chanteur lui-même a pris conscience, mais contre lequel il ne peut plus rien... </sp