Tous les cris, les S.O.S.
L'ascension de
l'apprenti-chanteur

Jukebox Magazine N°173,
décembre 2001

Si la brillante carrière de Daniel Balavoine s'est achevée brutalement le 14 janvier 1986 lors d'un funeste Paris-Dakar, elle n'a pas commencé en 1978 avec le triomphe du « Chanteur » (cf. Jukebox Magazine N°18). De son initiation chez Vogue avec le groupe Présence en 1971, suivis de ses débuts en solo, de collaborations diverses, jusqu'à ses deux premiers albums pour Barclay, Thierry Rouault-Le Nan nous rappelle les prémices de l'itinéraire aventureux d'un artiste fort en gueule mais toujours sincère.

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Jukebox Magazine n°173

Daniel Balavoine est né à Alençon, en Normandie, le 5 février 1952. Il est le petit dernier d'une famille aisée du sud-ouest de la France, son père est ingénieur en urbanisme, composée de cinq garçons : Yves, Bernard, Guy, Xavier, Daniel, et deux filles : Claire et Marie-Françoise.
Daniel passe sa petite enfance à Bordeaux. Puis, après la séparation de ses parents, il suit son père qui décide de le mettre en pension. Daniel restera sept ans chez les frères, son oeuvre future en sera quelque peu marquée, déclarant « leurs évangiles ont fait de moi un non-croyant » (Cf. « La vie ne m'apprend rien » en 1980).


Du pensionnat aux Beatles

A quatorze ans, Daniel lassé de l'autorité de ses professeurs ecclésiastiques tente de mystifier son père en lui disant qu'il veut devenir prêtre. Mais celui-ci n'est pas dupe et comprend ce que souhaite réellement son fils. Il l'envoie donc dans un lycée laïque à Pau.
L'élève Balavoine est doué en français et en langues, il arrive sans peine à passer les étapes jusqu'a la terminale. Cependant, il rate son baccalauréat. Il faut préciser que Daniel devait passer le bac en 1968 mais qu'il était plus intéressé par les événements politiques que par les cours. Il participe avec ferveur aux manifestations estudiantines et collabore à la rédaction d'un petit livre blanc. Daniel et ses copains exposent leurs revendications qui sont assez proches de celles des jeunes de Mai 1968.
Passionné de politique, le jeune Balavoine envisage une carrière de député. Il a même un modèle : Saint-Just. Les accords de Grenelle et l'hypocrisie des politiciens du moment le dégoûtent et il renonce à ses projets. Il s'aperçoit, avec amertume, que Mai 1968 est une révolution avortée. En effet, aucun changement notable n'a été apporté dans la constitution républicaine à la suite des revendications des étudiants et des ouvriers.

La politique ennuie Daniel et la longueur des études lui fait peur. Il se tourne donc naturellement vers la musique. Sa passion pour le rock est née lors de son long séjour au pensionnat.
Puni par ses professeurs, Daniel devait passer la nuit dans une pièce minuscule : le téléphone. Il préfère fuir l'école mais, sur les conseils d'un grand, qui était parti à sa recherche, il revient au pensionnat. Encore apeuré par la possibilité de représailes, il se cache sous un lit. La destinée veut qu'à ce moment-là, la muse de la musique est touché Daniel. Un surveillant , en quête du jeune trublion, a laissé sa radio allumée et elle diffuse une chanson des Beatles « She loves you », qui l'émerveille.

A seize ans, Daniel entre dans un premier groupe, nommé Memphis, avec lequel il joue dans les bals. Il chante les samedis soir, les après-midi et les nuits de dimanche. IL gagne jusqu'a quatre mille francs par mois, ce qui énorme pour l'époque. Malgré tout, Daniel s'ennuie dans cet orchestre, il ne fait pas la musique qu'il aime. Il décide d'emmener avec lui les jeunes membres du Memphis et crée avec eux le groupe Shake's.

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Présence

Dès cet instant, il interprète ses propres chansons sur des rythmes rock. Plus tard, il entre dans d'autres formations comme Purple Eruption (expérience qu'il n'aime pas évoquer) ou Réveil. Avec ces derniers, Daniel doit tout réaliser : les musiques et les textes. Les autres musiciens sont d'accord pour jouer s'ils n'ont rien à préparer. Irrité par leur manque de motivation, il quitte Réveil.

En 1971, à Paris, le groupe Présence cherche un nouveau chanteur car Erick Saint-Laurent vient d'abandonner la formation. Les membres de Présence ont entendu parler de Daniel Balavoine, et Daniel Daras (claviers), Alain Crépin (guitare), Michel Cohen (basse) et Daniel Baudon (batterie) lui demandent de monter à Paris pour les rejoindre.
Il doit donc se procurer de l'argent pour se payer le billet de train et trouve un petit boulot. Il est employé par une fabrique de bouchons de pêche. Avec humour, il déclarera plus tard : "C'est là que j'ai tout appris !".

Présence est la plus sérieuse de toutes les formations dans lesquelles Daniel a joué. Présence a déjà sorti un 45 tours intitulé « Filles du nord », chez Vogue. C'est avec ce groupe qu'il réalise son premier "simple" : « Le jour s'est levé » et « La lumière et la folie ».
Il part également en tournée et est remarquée par les journaux spécialisés comme "Rock & Folk" ou "Best". Daniel chante avec le groupe dans la salle de rock la plus célèbre des années 60, le "Golf Drouot". Ce premier disque auquel collabore Daniel Balavoine est vendu à la sortie des concerts de Présence mais il n'intéresse pas les radios et ne rencontre aucun succès commercial. Il s'en vend moins de 250 exemplaires.

Daniel quitte Présence au bout d'un an et demi car le groupe se repose entièreent sur lui et le jeune chanteur ne supporte plus cette trop grande responsabilité. Il prend son rôle tellement à coeur qu'il lui arrive d'installer un lit de camp dans le studio d'enregistrement. On dit que la nuit porte conseil et Daniel ne veut laisser passer aucune inspiration.
Présence étant sous contrat chez Vogue, le directeur artistique de cette maison de disque ne souhaite pas se séparer de Daniel Balavoine et lui demande de composer quelques chansons. Malheureusement, chacune de ses tentatives est repoussée. Le producteur commente ses textes en ces termes : "C'est de la merde !".

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Débuts en solo

De ces séances infructueuses, il reste les inédits : « La Confiture », « Tout va bien » et « Même sans tes fleurs », que Vogue éditera enfin à sa mort, en 1986, sur un mini-33 tours avec le "simple" de Présence et le sien en solo.
Mais Daniel s'accroche et réussit à retenir l'attention de son directeur artistique avec « Viens vite » et « Lire un livre » qui paraissent sur un 45 tours. Selon Daniel, le producteur a été odieux, ne se privant pas de corriger les chansons de son premier disque en solo. Edité en 1973, il ne rencontre pas plus de succès que « Le jour s'est levé » avec Présence.

La période de Vogue n'a pas procuré beaucoup de bonheur au jeune Balavoine. Pour cette raison, il décide de changer de registre en devenant choriste avec son frère Guy. Les frères Balavoine ont la chance de posséder une tes